II.
Reconstruisons les Bases d'une Démocratie de Tolérance et
d'Efficacité
III.
Adaptons le fonctionnement de l'Etat et rénovons la Fonction
Publique
IV.
Instauration d'un véritable processus de décentralisation
VI.
Dépensons mieux l'argent public
VII.
Agissons en Faveur des Couches les plus Défavorisées
VIII.
Reconstruisons notre système Educatif
X.
Rehaussons le rôle de la femme
XI.
Modernisons le monde rural
XII.
Améliorons notre cadre de vie
XIII.
Encourageons les chefs d'entreprise et les investisseurs
XIV.
Devenons le moteur de l'Intégration de l'Afrique de l'Ouest
XV.
Décidons d'une politique d'immigration humaniste et
pragmatique
La Côte-d’Ivoire
va se doter dans les jours qui viennent d'une nouvelle Constitution et d'un
nouveau cadre d'organisation des élections. Malgré quelques hésitations et
ambiguïtés, grâce à ce nouveau cadre, nous aurons enfin obtenu, nous, militants
et dirigeants du Rassemblement Des Républicains, ce que nous appelions de tous
nos vœux depuis la création de notre Parti :
- une constitution moderne permettant
l’enracinement de la démocratie ;
- l'organisation, dans un calendrier maintenant
arrêté, d'élections libres et transparentes, ouvertes à tous ceux qui sont
légitimes à être candidats, conditions indispensables de l'autorité des futurs
élus;
- l'implication
plus forte de la jeunesse dans la vie politique par l'abaissement à 18 ans de
l'âge donnant le droit de vote.
Nous partageons avec l'ensemble de la Nation, la fierté et la joie d'avoir
obtenu ces incontestables avancées. L'heure est maintenant venue de réfléchir
tous ensemble aux vraies questions qui préoccupent les Ivoiriennes et les
Ivoiriens. L'heure est maintenant venue, pour chaque acteur de la vie
politique, d'expliquer aux électeurs comment il aborde ces problèmes et de
faire part de ses propositions de solutions pour bien les résoudre, afin qu’ils
puissent en juger le réalisme et la cohérence. Gouverner après les élections
sera d'autant plus facile que nous aurons réfléchi ensemble à la manière de le
faire avant les élections. Le contrat entre la Nation et les nouveaux
gouvernants sera d'autant plus clair que les engagements auront été pris sur
des idées et des projets concrets. En vue de la préparation des prochaines élections
présidentielles, législatives et municipales, l'heure est donc venue pour le
Rassemblement Des Républicains, de proposer son PROGRAMME DE GOUVERNEMENT.
Tel est l'objet du présent document.
Ce projet se veut être une contribution à une réflexion commune de l'ensemble
des électeurs et du monde politique. Tout au long de la campagne qui va
s'ouvrir, nous écouterons à nouveau avec la plus grande attention nos
compatriotes. Nous écouterons les diagnostics, les aspirations et les idées de
toutes les forces vives de la Nation. Nous enrichirons ainsi en permanence nos
propositions. De ce processus, que nous voulons ouvert et dynamique, naîtront,
nous en sommes certains, des convergences, sinon des consensus, sur la manière
dont, tous ensemble, nous pourrons affronter les réalités et relever les défis
qui nous attendent.
QUE LES MEILLEURS CANDIDATS GAGNENT après un débat politique loyal et
centré sur les vrais problèmes du pays.
QUE LES MEILLEURES IDEES GAGNENT AFIN QUE LA COTE D'IVOIRE AILLE DE L’AVANT.
HENRIETTE
DAGRI DIABATE
Secrétaire Général du RDR
Mes chers compatriotes,
Nous vivons une des périodes les plus cruciales et les plus stimulantes de
notre histoire. Il nous appartient, en effet, de construire la Côte d'Ivoire de
demain. Notre pays se trouve aujourd'hui à un tournant : il a décidé d'en finir
avec un mode de gouvernement et une approche de la société faisait fi des
attentes de la population, des sentiments qui l'animent et de son existence de
chaque instant. Les événements récents nous l'ont prouvé : une ère vient de
s'achever et un nouveau départ s'avère désormais possible et nécessaire.
Il ne s'agira pas de faire du neuf avec du vieux. Ensemble, nous
devrons inventer les contours de la future démocratie ivoirienne et, jour après
jour, donner forme à son existence quotidienne. Et tout cela n'a rien
d'abstrait, tout cela s'inscrit dans chacune de nos vies.
Mon projet, c'est d'associer toutes les Ivoiriennes et tous les Ivoiriens au
renouveau de la Côte d'Ivoire, à la définition des principes qui la guideront
dans l'avenir et à ses grands choix. Car on ne peut faire taire une Nation. On
ne peut davantage l'exclure des processus de décision. La démocratie exige,
selon moi, cette intervention permanente du peuple, cette participation. Elle
exige ce recours au dialogue. En d'autres termes, je ne crois pas que le
rôle du citoyen se limite au choix d'un bulletin de vote glissé dans l'urne,
abandonnant de ce fait et jusqu'à la prochaine élection tous ses pouvoirs à un
candidat. Il n'y a pas de délégation absolue de la souveraineté et aucun
élu ne peut s'arroger le droit de confisquer sa parole à une population.
Il nous faut en être conscients, c'est là le risque majeur encouru par toute
démocratie. Du jour au lendemain, elle est susceptible de s'évanouir, de
dépérir entre les mains d'individus indélicats. Car trop souvent elle n'est
qu'un instrument. Nous le savons bien, nous Ivoiriens, pour en avoir fait la
triste expérience. Mais nous ne permettrons pas que cela se reproduise.
Mon ambition première pour la Côte d'Ivoire, dictée par le souci d'écarter
ce danger, c'est d'affermir la démocratie, de la voir s'épanouir
dans toutes ses dimensions et sur tous ses terrains. Là résident le
préalable et la condition à notre accession au rang de Nation stable, prospère,
généreuse, une et solidaire.
Je ne vous le cacherai pas, cela exige de chacun une mobilisation et une
vigilance permanente. Chacun d'entre nous devra assumer son rôle de citoyen
codétenteur de la souveraineté nationale. On ne vous le dit pas assez :
oui, vous détenez, nous détenons tous entre nos mains une part de la
souveraineté de notre pays. Et nous en sommes tous responsables et comptables.
De ce fait, il est indispensable que vous contribuiez à l'édification et à
la consolidation de la Côte d'Ivoire de demain. Nul ne peut vous en dénier le
droit. Moi qui ai toujours été et demeure si viscéralement attaché à la notion
de dialogue et à celle de partage, je vous garantirai ce droit. Quelle
meilleure réponse aux défis et aux enjeux de l'avenir que cette élaboration
commune de notre démocratie.
Nous prouverons tous ensemble comment une vision et un véritable projet pour
notre pays sont susceptibles d'abolir les barrières artificielles dressées
entre Ivoiriens et d'ouvrir une ère de prospérité. Cette œuvre collective
s'enrichira des expériences de chacun et du va-et-vient permanent des idées
entre le futur gouvernement et les citoyens, parties prenantes dans la
gestion du pays et la résolution des problèmes.
Je crois au débat, je crois en la confrontation des propositions et des
sentiments des uns et des autres, je crois en la consultation et en la
concertation. Il n'est pas de sujet qui ne mérite une véritable discussion,
étayée, argumentée. C'est d'autant plus vrai lorsqu'il est question de la vie
de nos compatriotes, des opportunités qui s'offrent à eux, de leurs difficultés
et des moyens qui existent de les résoudre.
Nous avons toutes les raisons d'espérer. En dépit des années pénibles que
nous venons de vivre, en dépit de ce brusque retour en arrière qui nous a été
imposé, tous nos atouts ne se sont pas envolés, ils sont là, endormis,
anesthésiés mais bien présents.
Souvenez-vous comment, sous l'égide du Président Houphouët-Boigny et sous
son impulsion, nous avions posé les fondements de la démocratie moderne en Côte
d'Ivoire : le multipartisme, les élections libres, la libéralisation des médias
en avaient constitué les premières expressions. L'Etat de droit pouvait ainsi
poursuivre son affermissement. Un climat nouveau s'était installé, favorable à
l'enracinement de la rigueur dans la gestion des affaires de l'Etat, permettant
d'engager bon nombre de réformes dont l'impact fut
puissant dans la vie quotidienne des Ivoiriens. Nous avons ainsi préparé le
terrain pour que la dévaluation du Francs CFA puisse intervenir dans les
meilleures conditions et jouer à plein pour notre pays.
Toutes ces avancées, tous ces acquis pour notre collectivité, on a tenté
plus tard de les balayer. Je ne vous apprends rien en vous disant qu'on y est
bien souvent parvenu. L'attentisme s'est installé dans la politique
économique et sociale. Le gaspillage, la corruption et les malversations
se sont généralisés, provoquant un sentiment de honte chez beaucoup d'entre
nous, vis-à-vis de l'extérieur et vis-à-vis de nous mêmes. Conséquence logique,
la sanction des bailleurs de fonds est tombée, toutes les relations ont été
arrêtées. Et surtout, une chape de plomb s'est abattue sur la vie politique. Mais
les hommes et les femmes qui ont connu la liberté, qui ont eu la possibilité de
s'exprimer, les hommes et les femmes qui ont approché la démocratie et l'ont
exercé, n'oublient plus jamais ses valeurs ni ses méthodes, ni la force et
l'exigence dont elle leur a fait don. En effet, on ne peut plus se
déshabituer de la pratique démocratique parce qu'elle finit par se confondre
avec la respiration d'une Nation.
Vous et moi, nous la sentons bouillir en nous et nous savons que très
rapidement nous rétablirons ses fondements pour le bien de tous les Ivoiriens.
Si un pays est étouffé, il suffit de le ranimer et je vous l'affirme,
nous ranimerons ensemble la Côte d'Ivoire asphyxiée. Nous ferons redémarrer
l'économie après avoir revivifié la démocratie dans notre pays. Ainsi que je
vous l'ai souvent dit, nous disposons d'atouts formidables : des ressources
naturelles, un potentiel agricole et surtout des ressources humaines avec une
population jeune et diverse, des femmes dynamiques et des cadres de valeur.
Il nous faudra mobiliser ces atouts et restaurer la confiance de chacun en
ses possibilités. A côté de cela, nous devrons garantir les meilleures
conditions pour le développement des capacités de tous les Ivoiriens et leur
épanouissement personnel et collectif. Car c'est aussi le rôle de l'Etat que de
décharger la population du plus grand nombre possible de soucis quotidiens afin
de laisser libre cours à ses initiatives, sa créativité et son
sens de l'action. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas d'ouvrir la
voie aux égoïsmes de toutes natures mais de permettre à chacun de donner le
meilleur de lui-même dans le respect de tous et pour le mieux-être de la
communauté que nous formons. L'Etat, en outre, viendra rectifier les injustices
: celles devant la maladie, devant l'éducation, devant la culture. Il lui
reviendra par exemple de faciliter l'accès à une eau de qualité et l'utilisation
du gaz en lieu et place des énergies domestiques traditionnelles.
De fait, il interviendra dans des domaines très variés mais toujours avec ce
double objectif : libérer les énergies et veiller à ce qu'elles n'entrent
pas en conflit. Ce sera le cas en particulier dans le secteur économique où
des mesures seront prises pour développer le secteur privé et favoriser sa
croissance en préservant les intérêts et les droits des individus.
Ainsi, notre épanouissement économique ne se fera pas au détriment de
notre cohésion sociale et des solidarités si profondément ancrées dans nos
pratiques et nos mentalités. Je dirais même que nous devrons renforcer les
solidarités. Etablir plus de ponts par exemple, entre les générations,
réévaluer le statut des chefs traditionnels, garants de la tradition
multiséculaire de notre pays, soutenir les femmes, appuyer les jeunes dans
leurs initiatives, développer les rencontres entre cultures différentes.
La culture figure en effet au tout premier rang de mes
préoccupations, car c'est elle qui cimente une Nation. La négliger, la
limiter à la seule valorisation du folklore ou en faire un accessoire
superficiel d'une politique, c'est nier, oublier notre passé et ne pas se
donner les moyens de bâtir notre futur. Je crois que les jeunes l'ont
compris, qui s'investissent dans toutes sortes d'activités et recherchent les
repères grâce auxquels ils pourront avancer. Ce n'est pas un hasard si la
musique est si vivante dans notre pays et si notre jeunesse ne peut s'en passer.
Elle leur donne l'énergie nécessaire pour avancer. Et dans le monde actuel,
dans la Côte d'Ivoire, les jeunes ont besoin de se raccrocher aux ressources
inépuisables de la culture pour ne pas désespérer de l'avenir et de leur chance
d'occuper une place dans notre société.
Bien sûr, la culture ne pourra pas constituer la seule réponse à leurs
préoccupations légitimes. Ils aspirent à une bonne éducation, ils
aspirent à un emploi qui coïncide avec leurs talents, leurs attentes et
leurs compétences. Or la situation économique désastreuse, dans laquelle le
régime précédent a plongé la Côte d'Ivoire, les exclut trop souvent du monde
des actifs. Cela n'est pas normal et cela doit changer. Les jeunes sont la
force vive de notre Nation et leur participation à son développement et sa
croissance relève de la priorité absolue.
L'avenir dans lequel nous entrerons ensemble, ce sera leur présent. Ce sera
leur vie de tous les jours et il est de notre devoir de leur assurer une
existence pleine et satisfaisante pour eux et leurs enfants. Aussi l'éducation
et la lutte contre le chômage constitueront-elles les axes premiers de notre
politique. Je suis déjà à l'écoute des jeunes et j'en rencontre beaucoup.
Je souhaite vivement qu'ils continuent de prendre la parole. Moi-même, je
poursuivrai ma démarche auprès d'eux pour recueillir leurs sentiments, entendre
leurs aspirations et m'inspirer de leurs idées, souvent ingénieuses et
fécondes.
Je prête une attention tout aussi soutenue aux femmes de notre pays.
Je crois qu'elles sont exemplaires à tous égards. Par leur courage, leur force
d'âme et de caractère, leur rôle auprès de nos enfants, de nos adolescents, la
solidarité qu'elles savent si bien développer entre elles. Leur place dans
notre société n'est pourtant pas reconnue comme elle mériterait de l'être. Leur
vie non plus n'est pas facilitée comme elle le devrait. Tous, nous avons notre
part de responsabilité dans cet état de fait et tous, nous devons nous
impliquer pour les sortir de l'ornière et les associer aux prises de décision à
tous les échelons de la société, depuis la famille, cellule de base, jusqu'à
l'Etat, en passant par le village et les entreprises.
Nul doute que la participation active de chacun, femmes, jeunes, salariés du
public et du privé, entrepreneurs, agriculteurs, associée à une redéfinition du
rôle et de la place de l'Etat, et à un fort ancrage de la démocratie en Côte
d'Ivoire, nous remettra sur les rails d'une vie harmonieuse d'une économie
saine et de la croissance.
Mieux, nous retrouverons la fierté et la confiance que nous avions perdues
ces dernières années. Une fois cette fierté et cette confiance recouvrées, nous
pourrons alors les faire rayonner hors de notre territoire, plus
particulièrement dans cette Afrique de l'Ouest dont nous avons longtemps été le
moteur.
Ce serait par ailleurs une grave erreur d'ignorer les mécanismes à l'œuvre
dans le monde fébrile qui nous entoure, en particulier le phénomène de la
mondialisation. Je demeure pour ma part convaincu qu'il ne s'agit pas d'un
phénomène inexorable dont nous devrions subir les effets négatifs sans
possibilité de réagir. La mondialisation est en marche, certes, et une
Nation, quelle que soit sa force, ne serait pas à même de l'empêcher. En
revanche, je crois fermement qu'un pays uni et moderne et a fortiori un
groupement de pays solidaires et prêts à rassembler leurs forces et leurs idées
sont tout à fait en mesure d'apporter des solutions positives pour l'ensemble
de leurs peuples, en limitant les effets négatifs de la globalisation et surtout
en tirant le meilleur parti de celle-ci.
Nous devrons nous saisir de cette chance de coopération pour très vite nous
inscrire dans l'action. Les mesures et les décisions que nous prendrons alors
le seront offensivement, par rapport aux intérêts de nos pays et de la
communauté qu'ils forment, et non plus de façon défensive.
Cela signifiera qu'une véritable dynamique communautaire se sera enclenchée.
Cela voudra dire, pour toute la région concernée, davantage de solidarité,
davantage de concertation, de coopération, d'échanges et d'inventivité. En
somme, nous nous ouvrirons encore plus sur les pays frères qui nous
entourent et développerons ensemble notre potentiel économique. La
compétitivité s'améliorera, les investissements suivront et des emplois seront
créés.
Nous nous serons ainsi donné les moyens d'utiliser
la mondialisation à notre avantage. Car de tels regroupements régionaux ont
ceci de particulier qu'ils constituent des réponses novatrices, généreuses et
viables aux problématiques des pays du Sud confrontés à l'accélération des
échanges de toutes natures, de biens, de services, d'informations...
Le risque évident que nous encourrons dans un tel contexte de
compétitivité et de course effrénée à la performance, est celui de la
marginalisation voire de l'exclusion. Notre riposte, en plus de notre
propre dispositif de réduction de la pauvreté, ce sera précisément
l'intégration régionale dont nous serons les fers de lance, nous Ivoiriens.
Cette dernière ne se contentera pas d'accroître notre force sur l'échiquier
mondial. Elle nous permettra de mettre en place les outils de notre affirmation
en tant qu'entités économiques poursuivant un objectif de développement commun,
équilibré et durable mais aussi en tant qu'entités politiques.
Nous devrons, dans ce cadre, adopter une politique réaliste et évolutive des
migrations internes. Elle suivra de près les mouvements de nos économies et
respectera les identités et les spécificités de tous les partenaires.
C'est un beau projet et un bel horizon pour la Côte d'Ivoire. Elle
retrouverait alors toute sa place dans le concert des Nations non seulement
démocratiques mais aussi motrices et avant-gardistes.
Construisons notre pays ensemble. Conservons nos valeurs et nos
traditions car elles sont le socle sur lequel nous devrons bâtir. Les autres
pierres que nous ajouterons à l'édifice, il nous faudra les tailler avec notre
volonté d'être ensemble, avec notre désir de renaître à un pays libre et fier,
avec notre sueur et notre imagination.
Elle sera grande et belle, notre chère Côte d'Ivoire, notre nouvelle
maison et nous y entrerons ensemble, mes chers compatriotes. Personne, plus
jamais, n'essayera de la confisquer.
Alassane Dramane
Ouattara
Abidjan, le 27 juillet 2000
I – RASSEMBLONS LA NATION
Nos origines ethniques et nos
appartenances religieuses variées ont été utilisées ces dernières années pour
nous diviser. Nous devrons tous être attentifs à ne plus jamais réveiller ces
rivalités malsaines mais au contraire à mettre en valeur nos extraordinaires
complémentarités.
Les nominations aux postes gouvernementaux et aux postes à responsabilité dans
la fonction publique seront opérées sur la base de critères de mérite, en
veillant toutefois à un certain équilibre géographique. Toutes les compétences,
de l'ensemble des partis politiques et de la société civile, seront les
bienvenues, pour autant que l'intégrité et la loyauté de ceux qui proposeront
de se mobiliser n'aient jamais été prises en défaut. La politique divise à
certains moment, inévitablement, mais les réalités du pays, de son économie,
de sa société sont les mêmes pour tous, les défis à relever dans la compétition
mondiale également. La gestion du pays peut et doit en conséquence
rassembler. Nous construirons notre gouvernement dans cet esprit.
Nous y inviterons des jeunes. Ils n'ont pas vécu de près certaines vieilles
querelles qui ont encore tendance à nous opposer. Ils sont lucides quant à la
situation présente et ses risques, ils sont confiants dans les atouts du pays
et pleins d'énergie. Leur avenir et celui de leurs jeunes enfants sont leur
souci quotidien. Au gouvernement, ils n'en seront que plus responsables.
Un principe essentiel de l'action du gouvernement sera le suivant. Tout
gouvernement se doit de justifier ses choix auprès des électeurs, de la
population ; il doit notamment justifier pourquoi il agit ici et non pas
là. En Côte-d’Ivoire à la fin de l’année 2000 et dans les années suivantes,
même lorsque nous aurons surmonté nos divisions, nous ne serons pas à l’abri
des suspicions : “Tel ministre réalise tel projet à tel endroit parce que c’est
sa région, telle autre région est encore oubliée …”.
Notre gouvernement aura ainsi une obligation encore plus forte de justifier la
localisation de ses actions. D’abord, nous proposerons clairement des grands
critères, compréhensibles par tous, fondés sur l’équité et sur la nécessité de
rattraper le retard pris par certaines zones dans leur développement. Ensuite,
nous solliciterons le nouveau Conseil Economique et Social, dans lequel seront
représentés les principaux partis et toutes les régions. Nous lui demanderons
d’une part de valider ces critères et d’autre part d’en vérifier la prise en
compte effective dans les choix du gouvernement.
Un second principe important de l’action du gouvernement sera de favoriser
le brassage des groupes, ethniques ou religieux. Nous favoriserons la
mobilité des fonctionnaires. Quand nous aurons recours aux mouvements
associatifs pour la mise en oeuvre sur le terrain des actions concernant les
grandes causes sociales nationales (la lutte contre le SIDA, l’alphabétisation
et la scolarisation systématique dans le primaire, la détection des cas de
grande détresse…). Nous encouragerons l’action conjointe de mouvements qui ont
tendance à s’ignorer, par exemple l’action conjointe des associations de jeunes
chrétiens et de jeunes musulmans qui ont déjà, chacune de leur côté, rendu
d’éminents services à la société. La laïcité de l’Etat sera réaffirmée. Les
différentes confessions seront traitées sur un pied d’égalité et chaque citoyen
pourra vivre sa foi en toute liberté.
II-
RECONSTRUISONS LES BASES D’UNE DEMOCRATIE DE TOLERANCE ET D’EFFICACITE
Notre jeune
démocratie en est encore au stade des balbutiements, les dernières années et
les derniers mois nous l’ont cruellement démontré. Rien de durable ne pourra
être accompli si nous ne réussissons pas d’abord notre démocratie, si nous ne
parvenons pas à faire primer les débats d’idées sur les querelles partisanes.
Apprenons ensemble à débattre des vraies questions. Apprenons à décider
ensemble. Apprenons à accepter ensemble la décision de la majorité.
Chacun, de quelque bord qu’il soit, devra réapprendre la tolérance et
rechercher l’efficacité, celle de sa propre contribution, celle de la
collectivité à laquelle il appartient et, par là même, celle de la Nation toute
entière.
Comment allons-nous procéder concrètement ?
1. Nous allons
mettre en place des institutions qui favorisent les débats d’idées et la prise
de conscience des défis à relever par toutes les Ivoiriennes et tous les
Ivoiriens. Nous organiserons des grands débats nationaux, sanctionnés le moment
venu par des référendums, essentiellement sur les deux grands sujets de société
suivants :
2. Nous formerons
à tous les âges des citoyens responsables, conscients de leurs droits et de
leurs devoirs. Il nous faudra cultiver dès l’école en chacun de nos enfants le
goût de la liberté de penser et de s’exprimer, le goût d’entreprendre et de se
dévouer pour les autres. Nous mettrons le système scolaire et la formation
permanente prioritairement au service de cette cause.
Tous les relais possibles seront mis à contribution :
L
’importance de la
liberté de la presse écrite et audiovisuelle sera réaffirmée. Nous mettrons en
place des modes de financements équitables et transparents de la vie politique.
Ce service des médias à
la collectivité, essentiel en période d’apprentissage de la démocratie, et pour
autant que les médias s’efforcent d’en offrir un de qualité, la collectivité,
donc l’Etat, doit être prête à le payer. Par l’intermédiaire d’une autorité
neutre, au-dessus des partis au gouvernement, et avec le souci de l’efficacité,
des moyens financiers seront mis à la disposition des médias pour des actions de
terrain dans le sens défini ci-dessus (enquêtes conjoncturelles sur des sujets
d’actualité, enquêtes périodiques d’écoute des aspirations de l’ensemble des
couches sociales, notamment des plus défavorisées…). Dans le strict respect du
principe intangible de liberté de la presse écrite et audiovisuelle, nous
faciliterons ainsi l’émergence de médias toujours plus professionnels et plus
responsables. A terme, les médias seront ainsi de plus en plus à même d’exercer
le rôle de quatrième pouvoir dont les grandes démocraties occidentales ont
apprécié à de nombreuses reprises le rôle régulateur, en cas notamment de
certaines dérives dans le comportement des gouvernants (corruption, influence
sur les systèmes judiciaires…).
3. L’importance
de la liberté de la presse écrite et audiovisuelle sera réaffirmée. Cette
liberté ne peut être que totale et l’Etat devra se garder de toute intrusion
qui pourrait venir la restreindre d’une quelconque manière. Cependant, pour en
réguler le bon fonctionnement matériel (pour attribuer par exemple les
fréquences radio), pour contrôler l’équité de traitement des candidats au
moment des campagnes électorales et, le cas échéant, pour corriger les excès
par des rappels à un certain ordre déontologique, sera créée une Haute Autorité
des Médias composée de professionnels du secteur, de personnalités reconnues
pour leur indépendance, de représentants des confessions religieuses et de
représentants des principaux partis politiques.
4. Nous mettrons
en place des modes de financements équitables et transparents de la vie
politique. Admettons en effet que la vie politique et donc la vie matérielle
des partis politiques a un coût, que cette vie politique équilibrée est
indispensable au bon fonctionnement de la Nation et que ce coût doit être
clairement et ouvertement financé par la collectivité (par l’Etat), dans la
neutralité et la transparence.
5. Nous nous donnerons les moyens institutionnels et matériels
permettant de garantir durablement la mise en place d’une justice efficace, impartiale,
au service de la société et des entreprises. Le statut de la Magistrature et le
mode de désignation des membres du Conseil Supérieur de la Magistrature seront
revus dans le sens d’une indépendance plus grande des magistrats. Un accent
particulier sera mis sur la formation des magistrats et des autres personnels
de la Justice. Une Ecole de la Magistrature et des Professions Judiciaires sera
créée ; elle formera au droit mais également au monde des affaires, de manière
à ce que les juges aient une meilleure connaissance de son fonctionnement. Le
développement des procédures d’arbitrage et la création d’un Tribunal de
Commerce, doté de juges sélectionnés pour leur rigueur et leur expérience, permettra d’améliorer la qualité et la rapidité du traitement
des contentieux. La simplification des procédures judiciaires, la création de
nouveaux tribunaux de première instance, notamment dans l’agglomération
d’ABIDJAN, et la rénovation des prisons viendront compléter ce dispositif.
6. Nous ferons
appel à la communauté internationale pour nous aider dans tous ces projets,
dans le cadre d’un programme d’appui au développement de la démocratie en
Côte-d’Ivoire. De plus, au moment des élections, la venue d’observateurs
étrangers pourra être salutaire :
La Côte d’Ivoire apparaîtra aux yeux du
monde comme un pays politiquement mûr, qui n’a rien à cacher et qui veut
résolument reprendre toute sa place dans le concert des Nations.
III
Adaptons le Fonctionnement de l’Etat et rénovons la Fonction publique
L’Etat sera recentré sur ses missions de base de régulation,
d’incitation et de déconnexion des inégalités.
Pour une action plus cohérente et plus efficace du gouvernement, nous
l’organiserons autour de huit à dix grands secteurs, recouvrant la vingtaine de
départements classiques :
- Finances,
Budget, Planification
- Services Sociaux, Santé, Education,
Solidarité, Promotion de la Femme
- Culture,
Communication, Relations extérieures, Francophonie, Jeunesse, Sports
- Agriculture, Développement rural,
Environnement
- Politique de la Ville, Urbanisme, Logement,
Economie Solidaire (appui au secteur informel)
- Intérieur, Décentralisation, Réforme de
l’Etat, Fonction Publique, Immigration
- Industrie, Commerce, Emploi, Equipement,
Transport, Mines, Energie, Télécommunications, Tourisme
- Justice, Consolidation de la démocratie
- Défense, Sécurité
Nous accorderons la plus grande importance à la mise en place du contrôle du
bon fonctionnement de l’Etat et des collectivités territoriales. Ce contrôle
sera à la fois efficace et respectueux des prérogatives des organes contrôlés.
Il visera à vérifier le respect des textes, à lutter contre la corruption et à
empêcher la constitution de baronnies locales. Les sanctions prévues par les
textes seront appliquées et la justice sera saisie aussi souvent que
nécessaire.
Pour cela, nous renforcerons d’une part les outils existants (le contrôle de
légalité assuré par les Préfets, le contrôle des administrations assuré par l’Inspection Générale d’Etat) et d'autre part, nous instituerons
une Cour des Comptes puissante et dotée de moyens adaptés, chargée des
contrôles économiques et financiers de l'Etat, des établissements publics et
des collectivités territoriales. Au fur et à mesure de la mise en oeuvre de
notre projet de décentralisation, la Cour des Comptes sera déconcentrée en
entités régionales proches du terrain.
Au service des départements ministériels techniques et financiers, nous
recréerons, sur le modèle de l’ancienne Direction et Contrôle des Grands
Travaux, une structure d’études, de conseil et d’appui de l’action
gouvernementale. Elle sera chargée, notamment, des études à caractère général
(planification sectorielle, préparation des programmes de réforme ou
d’investissement), du pilotage et de la coordination des interventions des
bureaux privés à qui seront confiées les études techniques et les contrôles de
réalisation. Nous encouragerons parallèlement le développement de l'ingénierie
privée nationale, dont les compétences sont déjà reconnues en dehors de la Côte-d’Ivoire.
Pour faire fonctionner cet Etat restructuré, nous aurons un besoin crucial de
tous nos fonctionnaires. Ce sera encore plus vrai pour ceux qui sont employés
dans les secteurs-clefs de notre politique. Il importera donc de mobiliser tout
le monde et de remobiliser tous ceux gagnés par un sentiment de découragement.
En effet, l’attitude de certains de leurs collègues déloyaux envers l’Etat,
souvent absents, parfois corrompus, le manque de vision, d’organisation et de
moyens en ont conduit un bon nombre à désespérer. La perception de la Fonction
Publique par la population a également été déformée par ces agissements. Nos
concitoyens ont pu croire qu’ils étaient le fait de l’ensemble des
fonctionnaires, ce qui était globalement injuste et infondé. Il est donc
impératif aujourd’hui de rénover la Fonction Publique et ainsi de restaurer son
image aux yeux des Ivoiriens.
Concrètement :
- Nous
remettrons à plat le système de rémunération des fonctionnaires.
Le secteur public doit pouvoir attirer les talents et à cet effet les rétribuer
aussi bien que le secteur privé. En retour, il sera exigeant sur les résultats,
qui serviront de base à leurs compléments de rémunération.
- Nous
procéderons dès les premières semaines et sans attendre cette remise à plat,
à l’abrogation de la mesure du “raccrochage” des salaires des enseignants,
qui n’était prévue que pour être transitoire. Nous procéderons également à une
hausse modérée mais généralisée des salaires, notamment les plus bas, bloqués
depuis trop longtemps, même dans les moments de reprise économique qui auraient
permis des efforts. Nous partagerons les fruits de la croissance dès qu’elle
sera revenue. C’est moralement indispensable et cela soutiendra la consommation
intérieure.
- Nous remettrons
en place la sélection par le mérite (les compétences, le dévouement,
l’intégrité, les résultats). L’Etat disposera ainsi d’une Fonction Publique
efficace et les fonctionnaires vivront leur travail quotidien avec motivation,
dans la sérénité et la certitude que leurs efforts seront justement
récompensés. Il nous faudra bien sûr nous doter d’un système équitable et
transparent de mesure du mérite.
- En ce qui concerne les effectifs de la fonction publique, l’Etat
continuera de se désengager de certaines activités, laissera
progressivement certains effectifs se réduire, mais embauchera régulièrement
pour renouveler ou développer dans certains secteurs-clefs.
Dans cette perspective, un bilan complet des ressources et des besoins sera
fait dès la première année. Des nécessités de redéploiements géographiques
(compensation des sous-effectifs à l'intérieur du pays par résorption des
sureffectifs à Abidjan) pourront apparaître. Nous demanderons aux bonnes
volontés de se manifester.
- Pour que l’Etat
soit en mesure de gérer les affaires publiques de manière efficace, au service
de la Nation tout entière et en particulier au service du développement du
secteur privé, nous formerons les fonctionnaires de façon plus moderne et plus
ouverte sur le monde extérieur. Ils seront ainsi au fait de la compétition
mondiale des économies, prêts à aider les opérateurs économiques ivoiriens,
notamment les exportateurs, à gagner. Ils seront davantage à l’écoute des
problèmes du secteur privé, ils seront en mesure de supprimer les obstacles
administratifs et de leur simplifier la vie. Ils les aideront concrètement à
accéder à des technologies encore peu utilisées en Côte-d’Ivoire, à trouver de
nouvelles parts de marché, à tisser des alliances interafricaines ou
internationales. Enfin, ils seront en mesure d’accueillir convenablement des
investisseurs étrangers, de les séduire en leur montrant tous les atouts du
pays, son climat de paix retrouvé, ses ressources naturelles, ses
infrastructures, la qualification et la fiabilité de sa main-d’oeuvre. A cette
fin, nous réformerons en profondeur le système qui les forme. Nous réformerons
l'Ecole Nationale d'Administration, nous développerons les enseignements de
l'économie, de la finance, de la gestion des affaires publiques et privées.
Nous systématiserons les stages dans le secteur privé, pendant la formation
initiale des fonctionnaires mais également pendant toute leur carrière.
- Afin de mieux
intégrer l’Administration dans le tissu économique et
social, nous favoriserons les passages de fonctionnaires, pour quelques mois ou
quelques années, dans le secteur privé, à des postes opérationnels, pour qu'ils
connaissent mieux les réalités du terrain et voient l'Administration du côté
des opérateurs privés. A l'inverse, nous recruterons pour quelques temps des
cadres supérieurs du secteur privé pour qu'ils viennent au sein de
l'Administration implanter des méthodes, aider à créer de nouvelles équipes…
Nous favoriserons également les passages momentanés dans les institutions
internationales, enrichissants pour les individus mais aussi, à leur retour,
pour l’Etat. Nous examinerons dans quelle mesure nous pourrons autoriser
certains fonctionnaires à exercer, de manière contrôlée, des activités
parallèles dans le secteur privé (dans le secteur de la santé notamment mais
peut-être aussi dans d'autres secteurs). Nous ouvrirons à ceux qui le
souhaitent des sorties sécurisantes vers le secteur privé.
- Dans le cadre de la décentralisation, les agents de la fonction
publique territoriale (les fonctionnaires régionaux et communaux) feront
l’objet de la même attention que les agents de l’Etat. Ils bénéficieront d’un
statut et de systèmes de gestion des carrières et de formation continue
favorisant la mobilité et l’épanouissement professionnel. Les transferts entre
la fonction publique de l’Etat et la fonction publique territoriale seront
facilités.
- Enfin, nous proportionnerons mieux les budgets entre les dépenses
salariales et les autres dépenses (équipements et fournitures), ce qui
permettra aux fonctionnaires d’accomplir effectivement les tâches qui leur sont
imparties. Tout cela leur redonnera courage et satisfaction du travail bien
fait.
IV.Instaurons un véritable processus
de décentralisation
Le processus de communalisation entrepris en 1980 a permis à la
Côte-d'Ivoire de progresser. Malgré quelques "péchés de jeunesse" et
un transfert insuffisant de ressources financières aux communes, auquel nous
entendons remédier, la gestion de la chose publique s'est rapprochée du
terrain. Les besoins essentiels sont mieux pris en compte, en effet, sous le
regard critique des électeurs, qui sont là pour vérifier ce qui se passe et
sanctionner les dérives. La démocratie locale a ainsi déjà fait un pas et une
génération de responsables politiques locaux a vu le jour.
Aussi le moment est-il venu d'approfondir la
décentralisation. Car si le gouvernement précédent a créé un échelon
supplémentaire, celui des Régions, il n'a pas su lui donner un contenu concret.
De notre côté, nous voulons y parvenir progressivement mais
rapidement. A cette fin, nous reprendrons la réflexion en commun et le dialogue
avec tous les partenaires concernés sur les questions suivantes.
• Quel découpage
des régions adopter ?
Nous agirons là sous contrainte. En effet, il ne faut surtout
pas accentuer les divisions existantes. Il importe au contraire de les
atténuer et d'organiser au mieux les complémentarités au sein d'une même région
en suivant une logique non seulement
ethnique et culturelle, mais aussi
économique.
• Quelles
compétences transférer aux régions ?
Assurément, leurs compétences devront s'étendre. Leur
capacité décisionnaire en matière d'actions
publiques (notamment les investissements)
deviendra effective dans le cadre d'une politique nationale visant à corriger
les déséquilibres entre les régions.
Nous
veillerons également à leur confier un rôle dans la mise en œuvre des
décisions, par exemple dans la construction et l'entretien des routes régionales ou des pistes rurales, des écoles, des
collèges et des lycées, des
centres de santé et des hôpitaux régionaux. Nous leur donnerons également un
rôle opérationnel de mise en œuvre des actions de solidarité en faveur des couches les plus défavorisées. Nous préciserons avec les partenaires
concernés l'étendue de ce rôle opérationnel.
Des ressources financières devront leur être transférées en
contrepartie de leurs nouvelles responsabilités et certains impôts nationaux
transformés en impôts locaux ou régionaux. Des contrôles devront être mis en
place pour éviter les dérives.
Nous réfléchirons ensemble à toutes ces questions et prendrons les
décisions par étapes.
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V.Etablissons une Fiscalité plus efficace et plus solidaire
La Nation, dotée de communes renforcées, de régions disposant de réels
pouvoirs et de réelles ressources mais aussi d'un Etat simplifié, rationalisé
et modernisé, apprendra à mieux dépenser l'argent public en choisissant avec
soin à quoi il sera employé et en veillant scrupuleusement à l'effectivité de
son affectation, comme savent si bien le faire nos mères de famille et nos
chefs d'entreprise.
L'argent public, en effet, n'est pas la propriété des organes qui
le collectent et le dépensent, mais celle du peuple, qui est en droit d'exiger
transparence et efficacité dans
l'affectation des impôts levés. Mais il faudra d'abord faire rentrer
l'argent nécessaire dans les caisses de l'Etat et des collectivités.
Nous sommes, dans le domaine de la fiscalité, confrontés à trois
enjeux majeurs :
• Notre politique fiscale devra inciter fortement à la création de
nouvelles activités et à la réduction des disparités régionales. En complément
du nécessaire assouplissement des réglementations, il s'agit vraiment là de l'outil
principal de l'action économique de l'Etat, que nous désengagerons
définitivement des activités de production.
• Notre politique fiscale constituera
également l'instrument clef d'une politique de solidarité et de
redistribution de la richesse. Elle sous-tendra pareillement l'affermissement de la démocratie dans
notre pays.
A cet effet, nous procéderons à une réforme en profondeur de la fiscalité. Nous élaborerons une nouvelle fiscalité
plus efficace économiquement, plus équitable socialement, mais aussi plus
lisible et plus simple pour faciliter la vie des contribuables (personnes
physiques et sociétés) et dissuader les fraudeurs, plus à leur aise avec un
système complexe et opaque. Nous irons progressivement vers un allégement
global de la fiscalité supportée par les entreprises. Nous remettrons en cause
certains régimes d'exonération injustifiés établis par le gouvernement
précédent, pour mettre en place un régime de droit commun intégrant en son
sein et sur des bases durables, des réductions ciblées sur nos objectifs
politiques, économiques et sociaux fondamentaux :
- le développement de la démocratie, et pour cela, le
développement des médias, écrits et audiovisuels,
- la création d'activités nouvelles, et notamment la
création de Petites et Moyennes Entreprises, qui contribueront pour l'essentiel
à la création des nouveaux emplois dont nous avons besoin,
- le développement d'activités à vocation sociale importante
(établissements d'enseignement ou de santé privés, associations, ONG...),
- l'implantation d'activités dans des régions en retard dans leur
développement.
La nouvelle politique sociale du gouvernement, tournée résolument
vers les couches les plus défavorisées, ne pourra être mise en œuvre sans un effort
de solidarité particulier des couches les plus favorisées. Le barème
d'imposition des personnes physiques (tranches et taux) sera révisé dans ce
sens ; le taux d'imposition des revenus le plus élevé restera toutefois dans la
moyenne des taux pratiqués par les grands pays démocratiques. En même temps, le
système d'imposition des personnes physiques sera simplifié (réduction du
nombre d'impôts, généralisation du prélèvement à la source...). Nous reverrons
également l'impôt foncier pour qu'en soient notamment exonérés les
propriétaires les plus modestes occupant leur logement (pour autant que la
valeur de ces logements ne dépasse pas un certain seuil). L'accession à la propriété sera ainsi encouragée.
- Troisième et
dernier enjeu, celui de l'accroissement du rendement des impôts. Il s'agira de faire payer l'impôt par ceux
qui doivent s'en acquitter, afin :
- d'accroître les recettes de l'Etat et de financer ses
programmes économiques et sociaux, mais aussi,
- de mettre un terme à de vieux privilèges et crédibiliser une
politique de gouvernement réellement tournée vers les couches les plus
défavorisées,
- de participer à la restauration de la crédibilité internationale
de la Côte-d'Ivoire,
- d'assurer les conditions d'une concurrence équitable entre les
acteurs de la vie économique,
- d'accroître les recettes de l'Etat et de financer ses programmes
économiques et sociaux.
Ces trois aspects sont autant de domaines où
le gouvernement précédent a
prouvé son incapacité. Les objectifs visés n'en sont pas pour autant
hors
d'atteinte. Nous
déploierons tous les moyens pour y parvenir.
- nous
réformerons l'impôt pour le rendre plus difficile à contourner,
- nous confierons au secteur privé certaines tâches : inventaire
des contribuables, préparation des émissions, croisement des informations détenues
par les différentes régies financières, assistance à ces régies pour le
recouvrement, contrôle de l'éligibilité aux mesures de réduction de la fiscalité...
- nous réprimerons plus sévèrement les fraudeurs (les
contribuables comme les fonctionnaires complices).
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VI.Dépensons mieux l’argent public
Afin d'y voir plus clair sur un certain nombre de points,
et notamment sur les arriérés de l'Etat qui pèsent tout à fait anormalement sur
le secteur privé, nous engagerons très rapidement un examen général de la situation
des finances publiques. Dans un délai maximal d'un an, nous restructurerons la
dette intérieure de l'Etat, de manière à ce qu'elle ne pèse plus en aucune
façon sur les opérateurs économiques dont la vocation n'est bien évidemment pas
de prêter de l'argent à l'Etat.
Avec la confiance restaurée des opérateurs économiques, la
croissance reprendra. Un peu de temps sera bien sûr nécessaire pour qu'elle
s'enracine. Tous nos efforts seront
déployés pour atteindre un taux de croissance réel de 6 % par an en
moyenne, un peu moins en début de mandat,
plus vers sa fin.
En matière d'impôt, de vastes gisements demeurent inexploités.
Grâce aux mesures que nous avons évoquées, nous saurons dégager des ressources supplémentaires conséquentes. Le rendement de l'impôt foncier, en
particulier, sera doublé en moins de trois ans.
Les bailleurs de fonds avaient perdu confiance en notre pays avec
la gestion du régime précédent. Dès notre arrivée, la confiance que nous avons
déjà su inspirer reviendra tout naturellement et nous renouerons sans délai les
relations normales que nous avons toujours entretenues avec eux.
Nous obtiendrons dès lors le traitement en profondeur de
la question de la
dette, fardeau
insupportable dont il aurait fallu se délester au lendemain de la dévaluation
du Franc CFA. Nous nous fixons pour cela un délai
maximal de deux ans. Nous obtiendrons en plus de nouvelles aides dans de
bonnes conditions financières (avec une importante part de dons ou de prêts de longue
durée à taux nul). Evidemment, le résultat de ces discussions dépendra pour une
très grande part de la capacité du futur
gouvernement de rassurer nos interlocuteurs
sur la bonne gestion future de l'économie et des finances publiques.
Nous disposerons ainsi de ressources
financières largement accrues. En toute logique et avec le sens des responsabilités qui doit être
celui de tout gouvernement sérieux et capable, nous ne dépenserons que les
ressources financières dont nous disposerons de façon effective. Nous le ferons
dans le sens d'une meilleure productivité économique et d'une plus grande
justice sociale.
- L'efficacité économique, d'abord, parce que le rôle de l'Etat consiste en premier lieu à soutenir les activités
économiques productives et créatrices d'emplois dans le secteur privé.
Ce soutien se traduira par un investissement d'au moins 20 % des ressources de
l'Etat dans les secteurs relevant de sa responsabilité directe (les pistes, les
routes...) sans négliger les possibilités de mobiliser des ressources privées
dans le cadre de concessions.
-
L'efficacité sociale, aussi, parce qu'il est du devoir de l'Etat :
- de faire fonctionner correctement
les services sociaux de base (éducation, santé) en dotant les secteurs concernés des budgets de
fonctionnement (notamment en "consommables" tels que matériels
scolaires, médicaments...) et d'investissement nécessaires (rénovation des équipements existants),
- de rendre accessibles ces services au plus grand nombre (en
réduisant par la même occasion les disparités régionales) en créant des équipements
nouveaux, en fonction de critères clairs de sélection des collectivités bénéficiaires,
- de
rendre gratuits ces services pour les couches les plus défavorisées.
Ainsi, les objectifs que nous nous engageons solennellement
à atteindre lors du mandat 2000-2005 nous semblent relever non seulement de la
compétence de l'Etat mais de son devoir le plus absolu. C'est un contrat.
que nous
proposons de passer avec les Ivoiriennes et les Ivoiriens, la contrepartie
juste et légitime de la confiance qu'ils nous témoigneront et de la délégation
du pouvoir qu'ils nous donneront par leur vote. Ils sont au nombre de 8.
Ces 8 objectifs sont précis, ils sont réalistes, ils
concernent tous nos concitoyens, qui pourront vérifier qu'ils seront atteints
et ils engageront donc clairement notre responsabilité :
1. L'eau potable
collective gratuite sera amenée dans tous les villages de plus de 100 habitants et dans
tous les quartiers défavorisés de nos
villes.
2. L'électricité, par le réseau traditionnel ou par la micro-génération dans les villages isolés si cela s'avère
moins coûteux, pour éviter de pénaliser les régions les moins denses, atteindra
tous les villages de plus de 500 habitants.
3. Les pistes rurales
permettant d'accéder à tous les villages seront rendues viables en toutes
saisons (par la construction de ponts modernes) et seront reprofilées au
moins 1 fois par an.
4. Toutes les routes
supportant un trafic de plus de 300 véhicules par jour seront bitumées. Jamais la construction d'une route ne sera
décidée pour des raisons politiques.
5. Des écoles
primaires et des centres de santé de base seront créés à moins de 5 km de chaque regroupement humain. Des collèges secondaires
seront créés à moins de 50 km. Tous ces
établissements seront dotés des personnels, des moyens matériels et des budgets
nécessaires à leur bon fonctionnement.
6. Tous les enfants
de moins de 15 ans seront scolarisés dans le secteur primaire et
dans le premier cycle du secondaire avant 2005.
7. Les manuels scolaires seront gratuits pour les
ménages disposant d'un
revenu de moins de 50 000 Francs CFA/mois.
8. Les
soins de base et les médicaments essentiels seront également gratuits pour ces ménages.
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VII.Agissons en Faveur des couches
les plus défavorisées
La responsabilité de l'Etat sera de faire face à la
situation actuelle de grande précarité des couches sociales les plus défavorisées.
Un système de sécurité sociale peut-il être créé
immédiatement ?
- Les
couches sociales les plus défavorisées, c'est-à-dire celles qui ont le plus
besoin de bénéficier d'une couverture sociale, sont aussi le plus souvent
celles qui ont le plus de difficultés à entrer dans un système de mutualisation
et à cotiser régulièrement. Faut-il les exonérer de toute contribution ?
N'est-il pas alors plus simple de leur délivrer gratuitement les prestations
essentielles ? Ou faut-il au contraire, par principe,
leur demander une contribution (une cotisation) minimale ? Mais tout le monde
a-t-il vraiment les moyens de cotiser ? Que ferions-nous vis-à-vis de ceux qui
ne seraient pas à jour ?
- Le coût
des prestations délivrées à l'ensemble des bénéficiaires ne peut pas être pris
en charge par le seul secteur formel (salariés et employeurs), qui représente
encore une proportion relativement faible de l'économie (moins de 10 % des
emplois) ; la "formalisation du secteur informel" n'est pas non plus
une solution réaliste : il faut d'abord laisser grandir les activités du
secteur informel, mais à leur vitesse, avant de les faire entrer dans le
secteur formel et de les taxer ; le financement de l'Etat, ou plus exactement
de l'ensemble de la collectivité nationale par le canal de l'Etat (de l'impôt),
sera sans doute inévitable pendant une ou deux décennies ; l'Etat doit-il s'en
donner les moyens ? Comment ?
- Devons-nous assurer tout de suite tous les risques, la maladie
mais aussi le chômage, les allocations familiales, la retraite, ou devons-nous à l'inverse nous concentrer sur le risque
majeur de la maladie, celui qui sur le plan moral désempare le plus
les familles et sur le plan matériel les déstabilise le plus ?
- Le système de sécurité sociale en lui-même a un coût, surtout
s'il est calqué sur un modèle occidental, s'il pousse à une consommation excessive
de prestations ; ne pouvons-nous pas tirer des enseignements
précieux de l'expérience de nos mécanismes de
solidarité traditionnels (au sein des familles, dans le cadre des tontines...)
pour nous éviter de créer des systèmes trop lourds et trop coûteux ?
Toutes ces questions sont complexes et si nous voulons aller trop
vite, nous risquons de construire un système déséquilibré sur le plan financier
ou qui ne profitera qu'aux couches les plus favorisées.
Quelles réponses
pratiques proposons-nous en conséquence ?
1. Donnons-nous un certain temps pour réfléchir à tête
reposée à cette grande question de société ; organisons un grand débat national
sur la sécurité sociale, construisons 2 ou 3 projets possibles, cohérents et financés
de manière claire, et choisissons ensemble le meilleur par la voie d'un
référendum. Nous nous engageons à soumettre des
propositions concrètes à la Nation dans ce sens dans un délai de 2 ans.
2. Dans l'intervalle, agissons sans tarder pour réduire la
pauvreté : l'Etat a le devoir en effet de mettre en place un dispositif
d'actions de terrain rapidement efficace pour faire face aux problèmes sociaux
les plus aigus. L'ensemble de la Nation sera mobilisé pour la mise en œuvre de ce
programme de solidarité.
Pour cela
:
- Nous allons
diversifier les outils de mise en œuvre de ces actions en utilisant les structures de l'Etat redevenues pleinement
efficaces, mais aussi en confiant des ressources financières publiques à des
relais non publics qui ont démontré leur efficacité (1 Franc à l'entrée, 1
Franc à la sortie) : mouvements associatifs (notamment les mouvements confessionnels),
associations de jeunes, ONG nationales et internationales.
- Nous allons mobiliser des ressources financières
extérieures supplémentaires,
par la mise en place de
systèmes crédibles de distribution de l'aide : 1 Franc mis en place par l'Etat
générera 1 Franc
supplémentaire apporté par l'extérieur, sous réserve que
les 2 Francs soient dépensés efficacement, dans la transparence et en faveur
des populations ciblées convenues. La
ressource rare pour l'action sociale de base, ce n'est pas l'argent, ce
sont les systèmes fiables de distribution et d'action sur le terrain. La
moralisation de l'Etat et la contribution de toutes les bonnes volontés auront
un effet multiplicateur des ressources financières mobilisables.
- Nous réserverons les actions sociales gratuites aux
couches les plus
défavorisées. Cela
impliquera le contrôle des ressources des ménages et nous devrons mettre en
place des systèmes simples et efficaces, s'appuyant sur toutes les bonnes
volontés prêtes à se mobiliser pour agir
dans le souci de l'équité.
Quelles actions
concrètes allons nous mener en priorité ?
Nous
assurerons :
- la mise à disposition gratuite des manuels scolaires dans le primaire ;
cette gratuité profitera notamment aux filles, souvent victimes de la sélection
dans les familles qui n'ont pas les moyens de scolariser tous
leurs enfants,
- la gratuité des
médicaments contre le paludisme et les autres maladies endémiques traditionnelles,
- la
gratuité de l'eau potable collective.
Qu'allons-nous faire
vis-à-vis du SIDA ?
Outre l'amélioration nécessaire de l'efficacité des programmes de
prévention, une action vigoureuse symbolisera notre nouvelle approche du
devoir des gouvernants :
- dire
la vérité à la
population, affronter ensemble la situation,
- traiter par des actes volontaristes et
rapides les questions les plus graves,
-
mobiliser l'aide
extérieure et démultiplier les efforts à l'intérieur.
cette
fin, nous développerons les programmes de traitement des personnes
séropositives par les multithérapies, qui
sont apparues il y a quelques années, dont l'efficacité est maintenant prouvée
mais qui sont encore très chères, trop chères. Ces traitements seront gratuits
pour les plus défavorisés. Pour les autres, nous ferons jouer tous les leviers
possibles : par exemple 1 Franc de l'Etat pourra permettre de mobiliser 1 Franc
de l'employeur privé, 1 Franc du malade bénéficiaire et 3 Francs de la
communauté internationale. Nous impliquerons fortement la recherche médicale
(l'utilisation des derniers résultats permettra de définir les traitements
présentant les meilleurs rapports efficacité/coût) et les industries
pharmaceutiques (pour obtenir des prix de vente s'approchant du coût marginal
de production). Là encore, en faisant la démonstration d'une gestion
responsable, nous obtiendrons un appui très fort des pays amis.
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VIII.Reconstruisons notre système éducatif
Nous allons réformer en profondeur notre système éducatif,
aujourd'hui malade, pour le rendre plus accessible et plus efficace.
Quel droit moralement plus vital que le droit à l'éducation ?
Quelle nécessité plus vitale pour une Nation que celle de disposer d'hommes et
de femmes épanouis et confiants en eux-mêmes, d'actifs efficaces et de citoyens
responsables ? L'éducation sera clairement notre première priorité.
Première mesure : l'école deviendra
obligatoire et gratuite pour tous les enfants jusqu'à l'âge de 15 ans. L'école publique
laïque et les écoles privées,
laïques ou confessionnelles, offriront un large éventail de possibilités aux
parents pour la scolarisation de leurs enfants.
Deuxième mesure : une fois dotés d'un bagage culturel et civique
commun, à l'issue de la classe de 3e™,
les enfants seront orientés préférentiellement vers l'enseignement professionnel et technique ; ce
sera la filière d'excellence, celle qui formera les actifs, en
qualité et en quantité strictement en adéquation avec les besoins de notre
économie. Pour assurer cette indispensable adéquation formation - emploi, nous
impliquerons de plus en plus le secteur
privé (les fédérations d'entreprises,
les organismes professionnels...) dans la définition des besoins et dans la
gestion opérationnelle des filières d'enseignement professionnel. L'Etat
déléguera des budgets à ces nouveaux acteurs. Parce que ces formations
qualifiantes seront mieux ciblées sur les besoins et donc en particulier plus
courtes, parce que les moyens financiers seront dépensés avec le souci
permanent de l'efficacité qui est celui du secteur privé, le coût global de ce
système sera maîtrisé. Ces filières seront gratuites pour les enfants des
familles les plus défavorisées. Parallèlement, la filière d'enseignement
général, payante, conduira au baccalauréat et donnera accès à l'enseignement
supérieur. Une sélection plus stricte à l'entrée garantira un taux élevé de
réussite aux différentes étapes ultérieures. Des passerelles permettront en
cours de route des transferts de la filière d'enseignement général dans les
filières d'enseignement professionnel. Tous les jeunes qui sortiront du nouveau
système éducatif auront réussi, et
disposeront d'une qualification, d'un métier.
Nous réformerons également l'enseignement
supérieur pour en augmenter
l'efficacité ; le système des unités de valeur sera généralisé de
manière notamment à réduire les situations d'échec et à raccourcir les cursus ;
les disciplines les plus utiles dans la vie active seront privilégiées ; pour
une meilleure satisfaction des besoins de l'intérieur du pays, le processus de
déconcentration des universités que nous avions engagé sera poursuivi ; pour
une meilleure productivité des moyens, celles-ci fonctionneront 12 mois sur 12.
Les bourses de l'Etat seront réservées aux enfants de familles les moins
favorisées qui auront de bons résultats.
De l'enseignement primaire à l'enseignement supérieur, les langues
nationales seront mises en valeur.
Pour atteindre ces objectifs ambitieux, nous aurons besoin de
réformer l'organisation et de redimensionner les moyens.
Au chapitre de l'organisation :
- la responsabilité de la construction et de l'entretien des
écoles primaires et des collèges publics sera transférée aux Régions ou aux Communes,
l'Etat assurant la mise à disposition des enseignants, des manuels scolaires
(gratuits pour les enfants des ménages les plus modestes) et des budgets de
fonctionnement,
- l'Etat continuera d'assumer entièrement les lycées
d'enseignement général et les universités,
- comme nous l'évoquions, le secteur privé assumera l'enseignement
professionnel et technique : entretien des locaux mis à disposition par l'Etat,
construction des nouveaux locaux, définition des enseignements, recrutement des
enseignants, gestion des budgets.
Au chapitre des ressources humaines et des
moyens matériels et financiers :
- l'abrogation de la mesure du "raccrochage" des salaires des jeunes enseignants et la remise en marche du système
remobiliseront les personnels enseignants,
- l'état actuel de nombre d'établissements et l'instauration de
l'école obligatoire généreront des besoins importants de rénovation et de
construction ; nous obtiendrons l'appui de la communauté financière internationale
à ce grand projet ; nous aurons de même besoin de nombreux maîtres et
professeurs supplémentaires : nous devrons donc en former de nouveaux mais nous
demanderons également aux retraités qui le souhaitent de se remobiliser pour
quelques années,
- par contre, le raccourcissement et l'accélération des parcours
des élèves dans les filières d'enseignement professionnel et général et la
rationalisation de l'utilisation des moyens existants permettront de limiter
les besoins nouveaux, tant en enseignants qu'en locaux.
Certaines mesures, telles que la stabilisation des manuels
scolaires, dont la fréquence de
modification est aujourd'hui largement exagérée, et la simplification de leur
présentation permettront des économies substantielles par rapport à la
situation existante.
Globalement, la part de l'éducation dans le budget de l’Etat devra
être significativement relevée.
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IX.Mobilisons la jeunesse
Les jeunes ont des droits, nous allons les satisfaire. Ils
sauront être raisonnables dans leurs revendications et n'auront pas à attendre
longtemps pour l'essentiel. Mais ils ont aussi des devoirs. Nous sommes
sûrs qu'ils les accompliront spontanément. Ils ont enfin des espoirs. Nous
ne les décevrons pas.
Les jeunes seront les premiers bénéficiaires de la politique du futur gouvernements mais ils sauront se mobiliser pour en
être aussi les premiers acteurs. Ce sera indispensable à tous points de vue :
- du point de vue économique et financier, l'activité nouvelle
générée par leurs initiatives permettra de financer les actions en leur faveur,
- du point de vue social, le coût de notre très ambitieux
programme sera réduit grâce à leur implication massive,
- sur le plan moral, c'est la Nation entière qui tombe malade
si sa jeunesse n'a pas un projet.
Les jeunes joueront
un rôle fondamental dans l'économie.
Nous allons faire revenir la croissance dans peu de temps. Des
emplois vont être créés dans le secteur privé.
L'Etat ne créera pas directement des emplois en grand nombre ; du
fait de la réduction de son rôle et de la contrainte financière, mais il
investira davantage. Cela va également générer des créations d'emplois.
Les jeunes doivent se préparer en se
formant, en étudiant.
Un nombre croissant d'entre eux développeront l'envie de créer leurs emplois eux-mêmes. Grâce au soutien
de l'Etat, ils en auront la possibilité. Ils s'établiront dans le petit commerce, ils créeront des micro-entreprises, ils s'investiront dans les nouveaux
métiers de l'information, ils monteront des radios locales... Nous les
inciterons à se regrouper pour faire face ensemble aux différents défis qu'ils
auront
à relever.
Nous les aiderons et, s'il le faut, nous les guiderons
dans ce sens :
- par la mise en place de formations courtes ciblées sur la
création d'activités individuelles ou de micro-entreprises,
accessibles aux jeunes de niveaux de formation variés (pas nécessairement des
bacheliers) ; la difficulté d'entreprendre sera ainsi démystifiée,
- par la
simplification des démarches administratives,
- par la mise en place de structures
d'appui, d’incubateurs de PME, pour guider leurs premiers pas (conseil, aide aux démarches
administratives...),
- par la mise en place sur le terrain de systèmes de distribution
des crédits bancaires,
- par
l'application d'une fiscalité réduite (aucune fiscalité pendant 3 à 5 ans).
Pour favoriser l'accès des jeunes à un
premier emploi dans le secteur
moderne, nous étudierons
également la possibilité d'une prise en charge par l'Etat, pour une durée limitée,
d'une partie des coûts salariaux des jeunes recrutés par des entreprises.
Les jeunes joueront également un rôle
social fondamental.
Les jeunes sont pleins d'énergie, ils ne demandent qu'à mettre
leur dynamisme au service de la Nation. Beaucoup d'entre eux ont reçu une formation
solide, même s'il leur reste à apprendre. Beaucoup d'entre eux ont des
convictions morales ou religieuses ; ils ont envie d'aider les autres.
Cette énergie, ce
savoir, ces convictions, cela leur donne des responsabilités vis-à-vis de ceux qui ont eu moins de
chance qu'eux et qui attendent maintenant un élan de solidarité du pays.
Nous proposerons aux jeunes de se mobiliser dans ce sens.
Dans les mouvements associatifs existants ou ceux qu'ils créeront en fonction
de leurs aspirations et de leurs affinités, nous leur proposerons de se consacrer
bénévolement, même si ce n'est que quelques heures par semaine :
- à apprendre à
lire à leurs aînés et congénères analphabètes,
- à leur
apprendre à devenir des citoyens à part entière,
- à sensibiliser les populations rurales et urbaines aux
dangers du SIDA et aux mesures de prévention qui s'imposent,
- à détecter les plus pauvres et les plus fragiles dans les
couches sociales défavorisées et à leur fournir l'aide que le reste de la Nation,
par solidarité, se devra de leur apporter (médicaments, rations
alimentaires...),
- à sélectionner les bénéficiaires des micro-crédits
et à appuyer les créations d'activités dans
le secteur informel.
Pour cela, l'Etat mettra à leur disposition :
- les formations pratiques de courte durée qui leur permettront
d'être plus efficaces sur le terrain,
- les moyens matériels pour aller à la rencontre des populations dans le besoin,
- les
aides qu'ils leur
apporteront de la part de la Nation solidaire.
A la faveur de ces activités, ils seront en
mesure d'acquérir des connaissances
nouvelles et une expérience pratique des activités opérationnelles sur le
terrain (des relations avec les autres, du travail en équipe, de la gestion de
moyens matériels et financiers...). Ils deviendront ainsi des citoyens plus
responsables, plus inventifs, plus respectueux des ressources communes ; leur
conscience collective mûrira. Ils apprendront à travailler ensemble, pour mieux vivre ensemble, toutes ethnies et confessions confondues.
Forts de l'expérience acquise, ils seront préparés pour créer leurs propres
emplois. L'Etat pourra détecter les jeunes qui auront fait la preuve de leur
talent et de leur dévouement pour leur proposer des responsabilités opérationnelles
dans la Fonction Publique.
Des récompenses de toutes natures seront accordées aux plus méritants
en signe de reconnaissance de la Nation pour les services rendus.
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X.Rehaussons le rôle des Femmes
Les femmes n'occupent pas encore pleinement la place qu'elles méritent
dans nos sociétés, ayons le courage de le reconnaître. Elles n'ont pas non plus
la place que la société dans son ensemble aurait intérêt qu'elles occupent.
Chaque fois que des femmes accèdent à des postes à responsabilité,
dans les entreprises, dans la fonction publique, dans la politique, les
analyses sont mieux élaborées, de manière plus ouverte, les décisions sont
prises avec une plus grande conscience, elles sont mieux expliquées, mieux
acceptées, leur mise en œuvre devient plus facile, les conflits s'apaisent, l'équilibre revient. Tous les hommes le
reconnaissent, au moins au fond de leur cœur.
N'est-ce pas précisément maintenant que la
Côte d'lvoire a besoin de ce supplément
d'âme et d'équilibre ?
Ensemble, donnons-nous les moyens de faire jouer aux femmes un
rôle accru et la Côte d'lvoire progressera dans des
domaines cruciaux :
- l'apprentissage de la démocratie, le
retour à la tolérance et la réconciliation nationale seront
plus rapides,
- la capacité d'entreprendre et la réussite dans les entreprises seront
multipliées,
- les
détresses sociales seront mieux détectées et mieux corrigées.
D'abord, attelons-nous à réduire la pénibilité des tâches
domestiques qui incombent le plus souvent, voire exclusivement, aux mères de
famille ou aux jeunes filles. Dans les zones rurales et à la périphérie des villes :
- dans
certaines zones, les femmes passent encore une bonne partie de leur temps à aller chercher l'eau nécessaire à la
vie de la famille : la tâche est souvent très dure, l'eau n'est pas
toujours propre, avec toutes les conséquences qui en résultent sur la santé : offrons
un accès facile et gratuit à l'eau potable collective. Il n'y a aucune difficulté
technique, ce n'est qu'une question de moyens financiers (mais la communauté
internationale nous aidera pour cela) et d'organisation ;
- les femmes passent également une bonne partie de leur
temps à aller chercher le bois de chauffe nécessaire à la cuisson des aliments
; la tâche est tout aussi pénible, les dommages créés à nos ressources
forestières sont parfois graves ; or, la Côte d' Ivoire dispose depuis quelques
années de ressources en pétrole et en gaz : permettons à l'ensemble de la population d'accéder pour un prix
très modique au gaz en bouteille. Là encore, il n'y a pas de difficulté technique,
nous disposons des ressources naturelles nécessaires et d'opérateurs économiques compétents. A chaque fois que la
dignité de la femme sera
ainsi en jeu, nous saurons mettre en place l'organisation et trouver les moyens
financiers pour intervenir. Dans
ce cas, nous préserverons en plus notre environnement.
Ainsi débarrassées de ces tâches pénibles, les femmes seront en
mesure de mieux se consacrer aux nobles fonctions qui sont traditionnellement
les leurs :
- celle de mère et d'éducatrice,
- celle de
gestionnaire du ménage.
Nous ferons en sorte qu'elles puissent également jouer de plus en
plus un rôle économique plein, en tant qu'employées salariées ou en tant que
créatrices de leurs propres activités, un rôle dans la gestion des affaires
publiques et un rôle dans la politique.
Comment allons-nous aider les femmes à mieux
jouer leur rôle de mères et d'éducatrices ?
Dès le plus jeune âge, notre système éducatif devra prendre en
compte le besoin de former les futures mères de famille. Toutes munies d'une
éducation générale de base, elles auront la capacité d'inculquer à leurs
enfants les valeurs essentielles de notre société. Elles auront également appris
à maîtriser le nombre d'enfants qu'elles auront.
Dans le cadre de la réhabilitation de notre système de
santé, nous accorderons une attention toute particulière au bon fonctionnement
de la protection maternelle et infantile, pour qu'elle soit plus proche des mères
et plus efficace, et des campagnes de vaccination.
L'instauration de l'enseignement obligatoire et gratuit
pour les couches sociales les plus défavorisées soulagera les mères de famille
et leur permettra de se consacrer à leurs plus jeunes enfants ou à leurs
activités rémunératrices.
Comment allons-nous
aider les ménagères à mieux boucler leurs budgets ?
Les femmes sont très souvent des ménagères, qui ont à
boucler chaque mois le budget du foyer, à "joindre les deux bouts".
Elles connaissent la qualité et le prix de chaque produit bien mieux que leurs
maris.
Elles choisissent les meilleurs aliments pour leurs enfants, elles
les soignent et les éduquent au quotidien, autant de gestes simples et répétés
sans lesquels les générations ne se renouvelleraient pas, ne progresseraient
pas.
Concrètement
:
- Nous remettrons à plat la fiscalité (droits de douane et
fiscalité intérieure) sur les produits et services de base, ceux dont toute la
population a besoin au quotidien : denrées alimentaires, habillement,
construction de logements, eau, électricité... En concertation avec les autres
pays de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (notamment pour ce qui
concerne les droits de douane), et sans prendre le risque de décourager la
production nationale de ces biens de consommation, nous réduirons les taxes qui
les grèvent.
- La Côte d'lvoire a opté, et nous
confirmerons fortement cette option, pour une économie libérale, de loin la
plus efficace ; nous ne réglementerons donc pas les prix. Par contre, nous
combattrons l'inflation par une gestion rigoureuse de l'économie et nous
contrôlerons régulièrement le libre jeu de la concurrence entre les acteurs
économiques de manière à éviter que ne se pérennisent ou ne se créent des
situations de rente (un petit nombre d'opérateurs économiques imposant leurs
prix sur tel ou tel segment du marché).
- Enfin nous agirons dans le sens d'une intégration économique
rapide des pays de l'Afrique de l'Ouest, synonyme à terme d'une plus grande
efficacité économique d'ensemble et donc de baisse des prix.
Parallèlement, nous inciterons les ménagères à consommer ivoirien
(ou Ouest Africain). Elles ne devront pas acheter plus cher pour autant ni
mettre de côté leurs exigences légitimes de qualité. A prix et qualité équivalents,
elles comprendront où se trouve l'intérêt de la collectivité. Par leur
comportement de consommatrices, elles seront les moteurs de la promotion des
produits ivoiriens en général, de l'autosuffisance alimentaire en particulier.
Enfin, comment allons-nous nous y prendre
pour que les femmes jouent rapidement ce rôle accru dans notre économie,
dans notre société et dans la vie politique de notre pays ?
Certains
pays, souvent plus développés que le nôtre, chez qui l'évolution est
considérée beaucoup trop lente, optent pour des solutions de quotas (par
exemple, pas moins de 50 % de candidates à des élections dans chaque parti, pas
moins de 50 % de femmes aux postes à responsabilité dans les entreprises ou
les administrations...). Ces solutions sont apparemment contraires au principe
de non-discrimination qui nous est cher mais, parce qu'elles sont employées au
service d'une cause essentielle, nous en sommes partisans, du moins pour une
certaine durée. Nous lancerons une large campagne de sensibilisation et de communication sur cette question, nous
écouterons, nous dialoguerons, nous imaginerons les moyens de surmonter
les obstacles, notamment culturels. Au terme de ce processus, nous mettrons
donc rapidement en chantier la révision de la Constitution et proposerons à la
nouvelle Assemblée Nationale un projet de loi dans le sens de la parité
systématique hommes / femmes dans la vie politique et aux postes à
responsabilité dans les administrations, charge ensuite au secteur privé de
s'inspirer de ces nouvelles dispositions pour son propre compte.
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XI.Modernisons le monde rural
Les
paysans ont fait et continuent à faire une grande partie de la richesse de
notre pays. Ils ont régulièrement souffert et souffrent aujourd'hui encore de
cours internationaux d'achat de leurs produits excessivement bas. Bien qu'ils
aient été de tous les Ivoiriens les plus exposés aux risques de variation de
leurs revenus, ce sont eux qui ont le plus contribué au développement du pays
par les droits de sortie et les excédents de stabilisation prélevés sur la
vente de leur production.
Nous avons en conséquence des devoirs vis-à-vis des producteurs
agricoles, celui de leur être reconnaissants et celui de les aider.
Comment les
aiderons-nous ?
Nous reverrons la
fiscalité qui pèse sur les revenus des agriculteurs
Les producteurs agricoles supportent une fiscalité trop
lourde. Sur les intrants importés, ils paient des droits de douane dont les
taux sont fixés par l'Union Economique Ouest Africaine (UEMOA). Plutôt que de
pousser à une révision de ces taux communautaires, nous baisserons les taux
des droits à l'exportation qui nous sont propres, de manière à ce que les
impôts et taxes payés par les producteurs agricoles ne dépassent jamais 15 %
des revenus nets générés dans les différentes filières (à décliner de manière
pratique dans les filières café, cacao, coton, banane, ananas, huile de palme,
hévéa). Dans la filière essentielle du
cacao, nous procéderons à un réduction progressive des
droits uniques de sortie, afin
qu'ils ne dépassent pas 25% du coût
international.
Nous nous battrons également pour obtenir des cours plus rémunérateurs, en œuvrant pour une meilleure organisation
de l'ensemble des pays producteurs de nos principales denrées d'exportation.
Nous pèserons pour cela de tout notre poids et ferons jouer tous nos réseaux.
Sans nous attendre à des miracles, du moins à court terme, nous pouvons et nous
devons nous atteler à agir sur ces marchés. Mais nous devons aussi savoir nous adapter aux réalités du moment.
Nous mettrons de l'ordre dans la filière. Nous parviendrons
rapidement à réduire les prélèvements de toutes natures dans les parties aval
des filières. Les acteurs qui jouent un rôle effectif (acheteurs, transporteurs
terrestres et maritimes...) devront percevoir une juste rémunération de leur
travail mais plus aucun autre intermédiaire ne pourra confisquer une quelconque
partie de la rémunération nette qui revient de droit aux producteurs. Pour
cela, nous aiderons, techniquement et financièrement, les paysans à défendre
leurs intérêts eux-mêmes en se regroupant, en s'organisant pour intervenir le
plus loin possible en aval dans les filières, dans toutes les opérations
logistiques et commerciales. L'Etat n'imposera rien, il sera là pour appuyer
les initiatives de regroupements coopératifs de toutes natures. Il mettra à
disposition les médias nationaux (radio et télévision) pour permettre une
information en temps réel des producteurs sur les données-clefs des marchés,
des produits d'exportation comme des produits vivriers, et assurera un bon
entretien de l'ensemble des routes et pistes rurales pour en faciliter
l'évacuation.
Nous améliorerons les conditions de vie des populations
rurales. L'Etat
prendra mieux en charge leurs besoins élémentaires dans les domaines de
l'éducation (l'enseignement gratuit jusqu'à 15 ans) et de la santé (les soins
de santé gratuits pour les plus démunis). L'Etat améliorera le cadre de vie
dans les zones rurales : l'eau potable collective gratuite pour tous, des pistes viables en toutes saisons et reprofilées régulièrement pour accéder
à tous les villages du pays, l'extension de l'électrification rurale... Ainsi,
même si leurs revenus continuent à fluctuer, les populations rurales vivront
mieux. Chaque année,
nous procéderons à la mesure objective de ces améliorations sur le terrain afin de corriger les inévitables
imperfections.
Nous ferons évoluer
le droit foncier rural
Le moment est venu de commencer à faire évoluer le droit foncier
dans les zones rurales. Nous le ferons progressivement, mais avec détermination,
sans opposer le droit moderne, vers lequel nous irons, au droit coutumier qui
prévaut encore le plus souvent aujourd'hui. A terme, nous avons en effet besoin d'un droit foncier qui
sécurise les exploitants et qui leur permette, forts du capital que
représente leurs terres, d'accéder aux prêts
bancaires nécessaires à la modernisation et au développement de leurs activités.
Pour cela, nous créerons des offices
fonciers régionaux, détenus conjointement par les collectivités territoriales et l'Etat, dont la
fonction sera, dans le sens tracé par les projets antérieurs (Plan Foncier
Rural), d'achever le recensement des terres agricoles, de détecter celles qui
ne sont pas mises en valeur (y compris celles que détiendraient encore l'Etat
et ses démembrements), et d'organiser au mieux leur "recyclage" en :
- négociant avec les propriétaires coutumiers la purge des droits
coutumiers ; rien ne se fera donc sans leur accord,
- attribuant les terres, sur la base de contrats modernes
et durables, à des bénéficiaires correspondant à des critères établis par
l'Etat (par exemple, les jeunes déscolarisés).
Ces
bénéficiaires auront à payer :
- une taxe foncière annuelle d'un niveau très modéré (de l'ordre
de 2 % du revenu net moyen qui pourra être tiré de l'exploitation de la terre
en question),
- et, pendant une durée de 10 ans, une
redevance d'usage de la terre permettant à l'office foncier régional d'amortir
les frais inhérents à la purge des droits coutumiers ; à l'issue de cette
période de 10 ans, l'attributaire aura fait la preuve de sa capacité à mettre
sa terre en valeur, il en deviendra définitivement propriétaire et pourra sans
aucun frais soit la vendre à un tiers, soit la céder à ses enfants.
Très progressivement, le foncier rural passera ainsi du domaine du
droit coutumier à celui d'un droit foncier moderne, dont nous aurons à définir
les contours précis en concertation avec tous les partenaires concernés. Un
marché foncier naîtra, favorisant la mise en valeur des terres agricoles
existantes et dissuadant à l'inverse la colonisation des forêts et autres
espaces naturels. La perception d'une taxe foncière incitera à l'intensification de l'agriculture.
La gestion quotidienne des offices fonciers régionaux sera
confiée à des opérateurs privés, sous le contrôle de conseils de surveillance
composés de représentants de l'Etat, des collectivités territoriales
concernées et des chefferies traditionnelles. L'équilibre financier des
opérations des offices fonciers sera recherchée entre
les produits des redevances d'usage d'une part, les frais de purge des droits
coutumiers et les coûts de structure d'autre
part. Le rôle de l'Etat se limitera à fixer le cadre législatif et
réglementaire, les critères de sélection des bénéficiaires (en concertation
avec les autres membres des conseils de surveillance) et à mettre en place les
fonds de roulement nécessaires.
Nous favoriserons la mise en place de systèmes performants
de financement de l'agriculture
Nous aurons également à résoudre la question encore pendante du
financement du secteur de l'agriculture. Les besoins non pourvus sont
importants, au niveau des petits producteurs ou même des coopératives dont la surface financière est encore faible. Là
encore, nous privilégierons la concertation, d'une part, avec les
producteurs et leurs associations, qui sont les seuls à pouvoir mettre en place
les mécanismes de mutualisation des risques qui en feront collectivement des
clients solvables du système bancaire, d'autre part avec les banques de la
place, qui disposent déjà d'une grande expérience du monde rural, de réseaux
d'agences
denses et de personnels dirigeants, cadres et employés, à la fois compétents et
prêts à s'investir dans de nouvelles missions au service du développement d'une
agriculture moderne dans notre pays. C'est
sur ces banques privées que nous nous appuierons, celles qui existent aujourd'hui comme
celles dont nous encouragerons la création. Outre celui d'organiser la
concertation que nous évoquions, le rôle de l'Etat sera de faciliter
l'acquisition de nouveaux savoir-faire, du côté des producteurs comme du côté
des banques, et de mettre à disposition de ces dernières, si cela représente
une difficulté pour elles, les lignes de crédit nécessaires. L'Etat fixera dans
ce cas des critères souples d'éligibilité des clients et des projets dont le
développement pourra être soutenu. L'Etat aidera également à la constitution de
fonds de garantie (1 Franc mis en place par une organisation
professionnelle agricole, 1 Franc mis en place par l'Etat).
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XII.Améliorons notre cadre de vie
Nous
évoquions précédemment la nécessité de mieux équiper nos villages pour y
rendre la vie plus facile et plus agréable, pour y rendre plus proches les
services d'éducation et de santé. Ces objectifs sont également les nôtres dans
les villes dont un développement trop déséquilibré ferait peser à moyen terme
une vraie menace sur notre société. Nos organisations communautaires
traditionnelles doivent nous aider à maîtriser les risques de dérives.
Dans les villes comme dans les campagnes, donner des
emplois à tous, c'est bien sûr essentiel. Mais pensons également à améliorer
notre cadre de vie. Les deux objectifs, loin d'être antagonistes, peuvent être tout à fait complémentaires.
Assurons la sécurité
des biens et des personnes :
Les Ivoiriennes et les Ivoiriens aspirent à un retour
rapide à une situation normale en matière de sécurité des biens et des
personnes. Il conditionne également les décisions des investisseurs. Notre
bien-être quotidien et la santé de notre économie en dépendent donc largement.
Nous
mobiliserons dans ce sens un triple dispositif :
- Nos forces de l'ordre continueront à agir sur le terrain. Elles
appréhenderont les malfaiteurs et les délinquants dans le respect des lois et
des droits ; leur action, toujours plus proche des populations et des biens à
protéger visera également à dissuader. L'organisation de la police et de la
gendarmerie sera revue en conséquence et des moyens plus performants leur
seront affectés dans le cadre de la nécessaire réflexion sur le rôle de notre
année en temps de paix. Nous demanderons, si nécessaire à certains de ses éléments
dont ce n'est pas a priori la vocation de prêter main forte,
- Notre
justice traitera rapidement les dossiers de ce type et sanctionnera tous les
actes que notre droit a prévu, avec toute la rigueur et la sécurité nécessaires
; nous demanderons néanmoins à nos juges de prendre en compte le souci de
réinsérer les délinquants dans la société. - Enfin, nous déploierons un
dispositif social qui nous permettra de prévenir la délinquance (l'école
obligatoire pour tous nos enfants jusqu'à l'âge de 15 ans, une formation
professionnelle pour tous, des emplois et des activités pour un maximum de
jeunes), de réinsérer les primo-délinquants et de
minimiser les risques de récidive ; notre société, faite de trop d'inégalités
et d'injustices, est en effet en partie responsable, et nous avons tous
ensemble le devoir de remettre dans le droit chemin tous ces
laissés-pour-compte ; notre Armée elle-même, en dirigeant des périodes de
service militaire ou civique que pourraient effectuer de jeunes délinquants
légers à la place de peines de prison, jouera un rôle important dans cette
entreprise de réinsertion.
Embellissons nos
villes :
Nos villages sont de plus en plus souvent propres et beaux. Le
mérite en revient essentiellement à nos mères et à nos sœurs, à l'organisation collective
qu'elles ont su mettre en place. Même sous-équipés, nos villages sont accueillants et agréables à vivre, ils
font notre fierté. Alors bien sûr nous devons mieux équiper nos
villages, amener l'eau potable et l'électricité quand elles manquent,
développer l'école et les centres de santé, mais veiller aussi à conserver
cette organisation sociale propre à notre continent, à renforcer ces traditions
de propreté.
A l'inverse, parce que nous n'avons pas su y répliquer ces
organisations villageoises, parce que nous n'avons pas su mettre en place ni
financer durablement des organisations modernes de substitution, nos villes
sont sales. Pour qu'elles soient propres, nous y sommes parvenus à certains
moments, il nous a fallu dépenser beaucoup, parce que nos comportements
individuels et collectifs étaient faits d'indifférence, de sentiment d'impuissance
et de manque de confiance en nos capacités.
Nous devons agir ensemble. Nous devons
organiser en conséquence.
Et nous mobiliser et prouver que nous savons retrouver confiance
en nous et efficacité. Pour cela , nous souhaitons :
- Réaffirmer avec force le rôle des communautés, en
l'occurrence celui des communes : à elles de prendre en charge, à elles de
mobiliser les énergies et les volontés,
- Déléguer aux communes les ressources financières minimales nécessaires
et leur affecter des moyens humains et matériels publics qui ne seraient pas
pleinement employés ; demander à notre armée de se mobiliser au service de la
cause de la propreté de nos villes.
- Nous mobiliser tous, prendre chacun en charge une petite partie
de notre cour commune et nettoyer pour embellir ensemble notre cadre de vie.
-
Retrouver ainsi des conditions de vie plus saines et plus agréables.
Menons une véritable politique d'habitat
social.
La qualité de notre cadre de vie c'est aussi la qualité de
notre habitat. Beaucoup reste à faire pour permettre à chaque famille d'accéder
à la propriété d'un logement décent. Nous disposons pourtant d'atouts considérables :
Des professionnels de la construction dynamiques et compétents,
des promoteurs prêts à prendre des initiatives, des banques au fait des réalités
de ce secteur.
L'organisation actuelle a néanmoins atteint ses limites en ce sens
qu'elle ne profite en fait qu'aux couches les plus favorisées.
Que faire concrètement dans le domaine de l'habitation ?
- Nous inviterons les opérateurs privés à concevoir des nouveaux
produits plus évolutifs et moins coûteux, qu'il s'agisse de parcelles aménagées
ou de logements,
- Nous
réduirons la fiscalité applicable aux produits les plus sociaux,
- Nous
inciterons les familles modestes désirant accéder à la propriété
de leurs logements à s'associer, en assemblant leurs épargnes
et en mutualisant les risques. Ils seront mieux considérés par les banques.
- Nous demanderons aux employeurs de s'impliquer davantage dans le
montage de projets collectifs solides pour leurs salariés et leurs familles ;
nous les y inciterons par des mesures appropriées dont nous discuterons ensemble
le contenu précis.
- Nous mettrons à disposition des banques les ressources
financières adaptées, en volume et en coût, qu'elles prêteront à des taux
d'intérêt réduits, aux familles bénéficiaires répondant aux critères de choix
que nous aurons définis. En dessous d'un certain seuil de revenu, nous nous
emploierons à ce que les taux d'intérêt soient nuls.
- Enfin, nous encouragerons la construction d'un habitat
locatif moderne et bon marché.
Modernisons nos transports urbains :
La qualité de la vie quotidienne des Ivoiriennes et des Ivoiriens,
pour ceux qui résident et travaillent dans nos grandes villes, c'est aussi la
qualité des transports collectifs qui ont pour effet de rendre souvent très pénibles
ou trop coûteux les déplacements de tous les jours.
Des autobus inconfortables et surchargés, aux horaires
irréguliers, des taxis collectifs peu sûrs rendent un service de bien piètre
qualité aux Abidjanais. Les voieries sont dangereuses pour les deux roues ;
beaucoup ont préféré consacrer une part
importante de leur budget, souvent excessive, à l'acquisition et à
l'entretien d'une automobile ; s'est ainsi développé un parc important
d'automobiles peu sûres et polluantes ; les parties les plus sensibles du
réseau routier abidjanais, qui n'a fait que se dégrader depuis six ans, sont
souvent saturées, provoquant des pertes de temps et dégradant de plus en plus
la qualité de l'air que nous respirons.
Nous devons renverser cette tendance de
façon énergique et déterminée.
Comment ?
- Développons des systèmes de transports collectifs
performants. Privatisons la SOTRA et complétons les services qu
'elle offre par un service ferroviaire utilisant les infrastructures
dont nous disposons, aménagées en conséquence. Étudions rapidement comment nous
pourrions développer et financer de tels systèmes dans nos grandes villes de
l'intérieur.
- Rénovons nos infrastructures routières et reprenons leur
développement quand la nécessité en devient
impérieuse, notamment pour améliorer l'accès des quartiers excentrés
qui ont connu un développement rapide.
-
Appliquons plus strictement nos normes de sécurité et de pollution.
- Favorisons le développement des transports 2 roues ; la
construction de voies dédiées aux 2 roues peut fortement contribuer à rendre ce
mode de transport plus sûr et plus attractif.
- Limitons les contrôles routiers strictement à ceux qu'exigé le
maintien de la sécurité.
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XIII.Encourageons les chefs d’entreprise
et les investisseurs
Au tout premier rang de nos priorités figure la nécessité
de faciliter les initiatives et les démarches des chefs d'entreprise et des
investisseurs. Leur obligation résidera en contrepartie dans l'acquittement
régulier de leurs impôts. Mais surtout leur devoir moral, leur devoir
d'entrepreneurs citoyens, sera de développer des activités nouvelles et de
créer des emplois.
Nous avons besoin d'investisseurs, nationaux mais aussi étrangers.
Ne nous voilons pas la face. Nous avons
besoin des savoir-faire et des capitaux des investisseurs étrangers.
C'est aussi à leur contact que nous développons nos propres capacités. Les
investisseurs ont de multiples opportunités ailleurs dans le monde pour
s'implanter. Nous pouvons comprendre leurs critères de choix, ils sont très
simples, mais nous ne pouvons pas les changer. Acceptons-le, satisfaisons à
nouveau ces critères, comportons-nous à nouveau en pays moderne, reconstituons
un Etat efficace, transparent, en qui les
investisseurs puissent avoir confiance, à court et à long terme.
Redevenons "fréquentables" et les investisseurs reviendront en grand
nombre.
Nous les encouragerons à prendre des initiatives :
- en renforçant la sécurité des biens et des
personnes, souci légitime de leur
part et par ailleurs aspiration première de l'ensemble de la Nation,
- en assurant la sécurité des investissements par une application
rigoureuse et équitable du droit,
- en simplifiant les
réglementations devenues excessivement lourdes et propices au développement de la fraude
et de la corruption,
- en remettant à plat et en allégeant, de manière
progressive et sélective, la fiscalité,
- en maintenant les protections adéquates de l'économie
ivoirienne, en concertation avec nos partenaires internationaux ; exposer sans
mesure les entreprises ivoiriennes à la concurrence internationale n'est en
effet pas une fin en soi ; il faudra cependant aller toujours vers plus de
compétitivité.
De tout cela nous discuterons très régulièrement avec le souci
commun de développer toujours davantage les activités et les emplois.
L'Etat continuera à se désengager des activités productives
et vendra les participations qu'il détient dans certaines entreprises
publiques. L'intégration économique de l'Afrique de l'Ouest que nous
stimulerons ouvrira aux entreprises ivoiriennes des perspectives importantes
d'extension de leurs marchés.
Nous demanderons au secteur privé de s'impliquer de plus en plus
fortement :
- dans la reconception et la gestion
opérationnelle des systèmes de formation professionnelle (formations
qualifiantes post-scolaires, formation continue),
- dans la définition des priorités pour les investissements
de l'Etat et les réformes qu'il entreprend dans les secteurs qui ont une
implication forte sur la compétitivité du secteur privé ivoirien,
- dans la mise en place des voies et moyens
pour faciliter le recouvrement des
recettes douanières et fiscales.
Nous ferons en sorte que les investissements de l'Etat viennent
compléter, voire susciter, les investissements du secteur privé.
Nous arrêterons notre politique d'investissement public en concertation
étroite avec les milieux économiques. Prenons trois exemples :
- le pays dispose de ressources minières importantes
(du nickel près de SIPILOU, du fer près du Mont NIMBA...) ; aucun des projets
de mise en valeur de ces gisements n'a pu jusqu'à aujourd'hui voir le jour,
sans doute en grande partie à cause de la difficulté d'approvisionner les
intrants et d'évacuer les productions ; si aucun projet ne permet à lui seul de
rentabiliser la réalisation d'une ligne de chemin de fer jusqu'au port de SAN
PEDRO, sans doute plusieurs projets de la même nature considérés globalement
pourraient-ils justifier une telle décision ; il est clairement du ressort de
l'Etat dans un tel contexte d'organiser la concertation
entre les différents opérateurs concernés, il peut même être de son
devoir d'investir dans la réalisation de la ligne de chemin de fer, après
s'être assuré de l'intérêt d'ensemble d'une telle opération pour la collectivité
nationale ; il est également de sa responsabilité d'intéresser nos frères
guinéens, qui disposent à proximité de gisements similaires, à un tel projet,
dans un cadre communautaire respectant tous les intérêts en présence ;
- le pays dispose également d'importantes réserves de
gaz naturel à partir duquel, les projets que nous avons initiés l'ont
démontré, peut être produit de l'électricité à moindre coût, dans le cadre de
contrats de concession, sans que l'Etat ait à investir ; nous pourrions ainsi
produire davantage d'électricité et en vendre aux pays frères voisins, pour
autant que nous terminions l'interconnexion de nos réseaux électriques ; nous
pouvons tous être gagnants. Quel plus beau symbole trouver de notre solidarité
communautaire croissante ? Notre gaz naturel pourra également servir de
matière première à la fabrication d'engrais. Le niveau actuel de compétitivité
de notre économie (depuis la dévaluation de Janvier 1994), l'existence d'un
marché communautaire ouest africain plus large que notre seul marché national,
les mesures que nous prendrons pour inciter à une intensification de
l'agriculture et le faible coût de production du gaz naturel permettront sans
doute à court terme de rendre viable l'implantation d'une telle industrie. La
Côte-d'Ivoire, l'Afrique de l'Ouest tout entière, consommera ses propres
engrais ;
- le pays dispose enfin, sur l'ensemble de son littoral, de sites
remarquables pour le développement
d'activités touristiques balnéaires
; appelons les grands opérateurs mondiaux du tourisme, montrons leur ces
sites, montrons leur clairement nos atouts (nos infrastructures, la
qualification de notre main-d'œuvre, notre patrimoine culturel...), renforçons ces atouts si cela s'avère nécessaire
(par exemple, transformons l'aéroport de SAN PEDRO en aéroport
international, bitumons les routes d'accès
à ces sites...).
Bien sûr, disons leur aussi nos exigences en matière de
préservation de nos paysages et de nos ressources naturelles, mais laissons-les
concevoir librement les nouveaux produits touristiques qu'ils sauront vendre
sur le marché mondial, qu'il connaissent et peuvent orienter plus facilement ;
nous développerons ainsi de nouvelles activités, nous créerons des emplois,
nous ferons entrer des devises et nous ferons connaître et apprécier notre beau
pays.
De manière plus classique, il nous faudra investir dans les
secteurs traditionnels d'appui au développement des activités du secteur privé,
dans celui des transports notamment. Nous irons plus loin dans le domaine de
l'entretien routier, en confiant pour plusieurs années consécutives
l'entretien des routes et des pistes rurales d'une même région à une même entreprise
privée. Nous devrons procéder à d'importants travaux de rénovation du réseau
routier revêtu, en particulier des axes ABIDJAN - YAMOUSSOUKRO vers BOUAKE et
KORHOGO d'une part, DALOA et MAN d'autre
part. Nous mettrons également l'accent sur la réalisation de ponts,
qu'il s'agisse de maillons manquants importants du réseau routier, tels que le
pont sur la lagune EBRIE permettant l'accès à JACQUEVILLE, ou des multiples
petits ponts modernes dont le réseau secondaire a encore aujourd'hui
cruellement besoin. Pour améliorer les transports dans l'agglomération
d'ABIDJAN, nous entamerons la réalisation du 3e pont entre RIVERA
et MARCORY dont nous avions lancé l'idée et nous renforcerons le système de
transport collectif, notamment par la mise en place d'un service de train
urbain. La SOTRA sera privatisée. Nous étudierons la possibilité de mettre en
place des services de transport collectif dans les principales villes de
l'intérieur.
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XIV.Devenons le moteur de
l’intégration de l’Afrique de l’Ouest
L'intégration monétaire des pays de la Zone Franc, considérée à
travers le monde comme un modèle de réussite, a permis la création d'une
monnaie unique stable, accrochée à l'une des monnaies mondiales les plus fortes
et qui a résisté à l'épreuve de la dévaluation de 1994. Dans le prolongement
direct de l'intégration monétaire, l'intégration économique des pays de
l'Afrique de l'Ouest (abolition des barrières de toutes natures entre les pays,
création d'un grand marché unique, organisation des complémentarités entre les
ressources et les savoir-faire des différents pays) se présente comme une
grande chance pour la Côte-d'Ivoire.
Pourquoi l'intégration ? Quels bénéfices
concrets pourrons-nous en retirer tous ensemble ?
- Nous profiterons de l'extension des marchés de nos industries
(agroalimentaires, biens de consommation), souvent plus compétitives que les
industries des autres pays, donc de la création de nouveaux emplois dans ces
secteurs.
- Nous profiterons de la réduction des prix de certaines denrées
et de certains biens que la Côte-d'Ivoire devra continuer à importer et que les
pays voisins peuvent produire à moindre coût.
- Le développement accéléré des pays voisins stabilisera leurs
populations et constituera ainsi un facteur important de réduction de la pression
migratoire : la Côte d'lvoire pourrait sans cela
connaître des difficultés à absorber de nouveaux flux migratoires.
Nous pèserons de tout notre poids et nous mettrons à contribution
toute notre expérience pour conduire le pays vers cette intégration économique.
Ce sera essentiel pour la prospérité de la Côte d'lvoire
et sa place dans la sous-région.
Nous lui redonnerons ainsi le statut en Afrique et dans le monde qu'elle n'aurait jamais
dû perdre.
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XV.Décidons d’une politique de l’immigration humaniste et pragmatique
Il nous faut maintenant évoquer une question difficile,
celle de l'accueil que nous réservons et que nous entendons réserver dans
l'avenir à nos frères non-nationaux, et notamment à
nos frères ressortissants des pays voisins.
D'autres avant nous ont lancé un débat sur ce sujet, en l'abordant
sous l'angle le plus néfaste, celui de l'intolérance et de la xénophobie, commençant
à emprunter des chemins concrètement impraticables.
Ce débat nous ronge, il est devenu passionnel, il est dans
beaucoup d'esprits, nous ne pouvons plus l'occulter. Alors, dans le calme, allons jusqu'au bout de ce débat, mais cette fois
sous l'angle de la tolérance, de la
fraternité africaine et du réalisme. Autant de valeurs de base que nous a enseignées le Président
Houphouët-Boigny et que nous devons réapprendre.
Nous avons
en fait à traiter en profondeur deux questions :
- la première est celle de l'accueil que nous entendons continuer
d'offrir à nos frères des pays voisins déjà implantés en Côte-d'Ivoire ; ils
sont là, notre économie a besoin d'eux, ils sont déjà chez eux chez nous, leurs
enfants épousent nos enfants, ils sont intégrés ou en voie de l'être. Faisons le choix de continuer à les intégrer, c'est la voie du réalisme et c'est la voie de l'humanisme.
- la seconde question est celle de l'accueil que nous entendons
réserver à nos frères des pays voisins qui voudraient comme leurs aînés s'implanter
en Côte-d'Ivoire. Là, il y a matière à un vrai débat. Devons-nous continuer à
leur exprimer notre solidarité en les accueillant comme nous avons toujours
fait ? N'allons-nous pas nous rapprocher de certaines limites : celles de nos
ressources, celles des emplois que peut créer notre économie et celles d'une
extension trop rapide et mal maîtrisée de nos villes ? Ces questions-là sont
des questions fondamentales. Elles nous interpellent. Il est de notre devoir
d'y répondre.
Réfléchissons tous ensemble, dans la sérénité retrouvée, en nous
laissant le temps nécessaire. Nous pouvons, si nous le décidons, maîtriser les
flux migratoires, restreindre l'ouverture de nos frontières. D'autres pays le
font. Nous le ferons d'autant plus efficacement que la xénophobie aura disparu
de nos raisonnements et de nos comportements.
Sur cette question de l'immigration, nous organiserons
également un grand débat national. Nous parlerons simultanément avec les responsables
des pays voisins.
Quand nous aurons trouvé des formules pragmatiques sur les
critères de naturalisation des frères installés sur notre territoire, sur les critères
de sélection des nouveaux migrants autorisés à s'y installer, sur la manière de
bien en contrôler l'application, nous aurons retrouvé la sérénité et nous
pourrons vivre en harmonie, en paix.
Alors, nous pourrons soumettre au suffrage universel direct,
par un référendum, les propositions qui découleront naturellement de ce grand débat.
Toujours
au chapitre de nos relations avec l'extérieur :
- nous devrons protéger nos cultures africaines des risques
d'invasion des produits occidentaux et promouvoir nos créations propres,
- nous nous doterons des compétences nécessaires pour faire
avancer les discussions avec les grands groupes privés internationaux ou les bailleurs
de fonds, sur un pied d'égalité. Ainsi, nous définirons nous-mêmes nos
objectifs économiques et sociaux que nous atteindrons au travers d'une gestion
rigoureuse. C'est la bonne gouvernance telle que nous l'entendons.